La fourmi à deux têtes - Exposition Collective des artistes résidents du metaxu
Laurence Merle, Louise Noel, Liski, Chong Zheng, Gabriel Garçonnat

L’exposition collective « La fourmi à deux têtes » réunit cinq artistes résidents ayant investi les Ateliers d’Artistes du metaxu depuis Mai 2025, Laurence Merle, Louise Noel, Liski, Chong Zheng et Gabriel Garçonnat.
À travers des pratiques et des recherches singulières, leurs œuvres dessinent un paysage où se mêlent expérimentations, récits, collectes et bidouilles. Parmi les photographies, céramiques, vidéos, installations sonores et lumineuses, un certain nombre de pièces sont inédites, et les pratiques de chacun·e emboîtent le pas à l’étude d’une trouvaille commune.
Résonnant avec leur découverte d’une grotte, ancienne carrière de sable aux alentours de Toulon, peuplée de fourmis géantes sur ses parois et son sol, les artistes ont imaginé l’exposition comme un organisme en mouvement, traversé de ramifications, de passages et de correspondances. Chaque proposition apparaît comme une chambre d’écho reliée aux autres par des chemins parfois visibles, parfois souterrains. La grotte devient alors une métaphore de l’atelier collectif, où les œuvres et les recherches en cours se tutoient.
La galerie metaxu devient ainsi le cœur battant de ce réseau sensible, un espace de circulation entre des territoires artistiques autonomes, où les démarches se croisent, se répondent et révèlent les imaginaires qui les habitent.
Une fourmi à deux têtes vit comme un système dynamique et imprévisible de laboratoire, d’où son caractère organique. Une analogie est centrale dans l’exposition : celle qui se situe entre la méthodologie artistique qui consiste à remplir ses poches de cailloux et celle des fourmis ouvrières transportant leur récolte vers leur nid.
La forme ouverte de la manifestation est prégnante dans une œuvre commune, une grotte
dans laquelle le public est invité à se confiner et à expérimenter une nouvelle appréhension
de l’espace. Exposition dans l’exposition, cette zone autonome qui s’incarne physiquement et métaphoriquement, apparaît comme une réminiscence de l’étude de cette grotte aux fourmis. Les murs du metaxu ne se donnent plus comme un bac à sable dont il faut ériger les volumes, mais comme le cœur d’un réseau qui se déploie à partir de cet îlot central.
In Recidiva – Récits récidivants - Théo Ouaki

Pour Théo Ouaki, la forme semble toujours revenir. Non pas comme une répétition identique, mais comme un récit qui insiste, une image qui refuse de disparaître, une figure qui réapparaît sous d’autres visages, d’autres couleurs, d’autres corps.
In Recidiva – Récits récidivants réunit les œuvres de Théo Ouaki dans une installation immersive où dessins et volumes investissent pleinement l’espace de la galerie metaxu.
Les dessins envahissent les murs tandis que les sculptures en terre émaillée prennent place sur des supports détournés. Vestiges d’un geste pictural, ces structures accompagnent le déplacement de sa pratique et témoignent d’une production foisonnante, où dessins et sculptures se répondent et envahissent progressivement l’espace. Entre chantier et paysage mental, ces socles prolongent une continuité visuelle à la fois fragile et organique. L’exposition explore cette logique du retour : celle des motifs, des émotions et des mythologies personnelles qui traversent son œuvre comme des présences obstinées. Formé à la peinture et au dessin avant d’aborder la céramique de manière instinctive, Théo Ouaki développe un langage plastique où la narration n’est jamais linéaire. Chaque sculpture, chaque surface émaillée agit comme un fragment de fable : totems anthropomorphes, masques ambivalents, astres, fleurs, nuages ou créatures composites composent une cosmogonie intime, à la fois ludique et inquiète. Peuplées de figures métamorphiques, de signes ambigus et de couleurs intenses, ses œuvres semblent surgir d’un imaginaire enfantin tout en portant la mémoire d’angoisses collectives : catastrophe, effondrement, violence diffuse, mutations du vivant. Les formes reviennent comme reviennent les rêves, déformées, déplacées, chargées d’un sens nouveau. Les visages bifronts, les expressions contradictoires, les couleurs éclatantes ou toxiques installent un trouble permanent entre attraction et menace. Le familier devient étrange ; l’humour bascule vers l’inquiétude.
Les œuvres de Théo Ouaki ne racontent jamais une histoire unique : elles en superposent
plusieurs. Elles procèdent par collages narratifs, associations libres et réminiscences culturelles, de l’art précolombien à la figuration libre, du surréalisme aux comics, des émoticônes contemporains aux fresques votives. À travers la céramique et la faïence, il façonne des récits ouverts où chaque forme devient un indice et chaque couleur une émotion en mutation. In Recidiva – Récits récidivants propose ainsi d’entrer dans un monde où les images se répètent parce qu’elles n’ont jamais fini de parler. Un monde où la sculpture devient une mémoire active : un lieu de survivance, de transformation et de recommencement.
Didascalie 9. Nature Carbone - Jean-Philippe Roubaud

Si l’œuvre de Jean-Philippe Roubaud s’ancre résolument dans le dessin, c’est qu’il y trouve une forme de dépouillement essentiel : réduire le geste à son ossature, au noir et au blanc, à la tension primitive entre ombre et lumière. Le graphite, carbone originel, devient alors plus qu’un médium : une matière fondatrice, à la fois trace de nature et instrument de culture. Il incarne ce lien paradoxal entre ce qui compose le monde et ce qui permet de le représenter. À travers des séries pensées comme un organisme vivant, l’artiste explore sans relâche la place du dessin, à la croisée de l’histoire de l’art et des constructions sociales.
L’exposition « Didascalie 9, Nature carbone » déploie ainsi un champ de forces où s’opposent et se répondent paysages obscurs, réminiscences classiques en clair-obscur et projections d’utopies modernes. Les œuvres, qu’elles soient pariétales ou sur papier, naviguent entre hyperréalisme, abstraction et références picturales. Les paysages apparaissent tantôt construits, structurés par une volonté humaine de maîtrise, tantôt sauvages, fragmentés, échappant à toute tentative d’organisation.
Face à eux, des figures découpées, aux gestes indéterminés, semblent suspendues, comme prises entre deux états : celui d’une humanité cherchant à rationaliser le monde et celui d’un être encore inscrit dans une nature indomptée. Dans cette oscillation permanente, l’artiste met en tension le paysage comme projection culturelle et comme réalité organique. Le graphite, issu du carbone, devient alors le symbole même de cette dualité : élément naturel transformé en outil de représentation, il inscrit sur la surface des différents supports une mémoire du monde, à la fois construite et sauvage.
Sans rivages - Exposition des diplômé.e.s de l'esadtpm

Avec Ellvina Bimanato, Thomas Buffenoir, Bonnie Caparros, Gabriel Garçonnat,
Enzo Massa, Sandra Mauro, Jason Omer, Tifenn Pâris, Steven Roger et Gabriel Santarelli.
Commissariat de Luce Giorgi.
Sur les bords de la Méditerranée, entre le Mont Faron, la forêt des Maures et les îles
d’Or, un vent salé souffle intensément contre les bateaux amarrés au port de Toulon. Au
creux de la rade, les navires de croisière et les ferrys côtoient les frégates militaires. Ces
embarcations bigarrées charrient avec elles la promesse joyeusement douloureuse d’un
ailleurs ou d’un retour au pays natal, tout en contenant une menace sourde – celle des
violences et des guerres. Un entre-deux au goût de l’oxymore, comme un plein soleil
chaud et aveuglant.
C’est dans ce contexte géographique, poétique et politique que se sont formé·es pendant cinq années les diplômé·es de l’École Supérieure d’Art et de Design de Toulon. Leurs
œuvres sont imprégnées par la notion de déplacement. Certaines se font l’écho d’histoires
diasporiques, tandis que d’autres cartographient des errances… Durant leurs années
d’études, les dix artistes ont ancré leurs pratiques sur le territoire, tout en cherchant à
creuser des interstices, avec humour et révolte.
L’exposition Sans rivages se conçoit comme une traversée. Elle matérialise le passage de
l’après-école et propose un parcours entre deux espaces culturels – Le Port des Créateurs
et le metaxu. Dans cet intervalle, un dialogue aux accents maritimes tente de s’énoncer. Le Port des Créateurs se transforme en habitacle et dévoile des récits intimes. À travers
leurs installations, leurs peintures et leurs films, les diplômé·es nous invitent ainsi à
regarder de biais, à prêter attention à la lumière et au son, à nous laisser surprendre
par la texture d’une prison végétale, à contempler les vides face à la disparition d’êtres
chers ou de maisons englouties. En miroir, sous la coque du metaxu, il est question de
seuil, ce lieu liminaire en proie au mouvement, associé aux marges et aux flux constants.
Entre les mauvaises habitudes et les porte-conteneurs se dessinent des lignes de fuite,
qui prennent l’allure d’une fugue. Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas de se dérober,
mais de suggérer d’autres possibles, d’autres formes de résistances, d’autres manières
d’habiter le monde – avec ou sans rivages.
Luce Giorgi









































































































