Vénus Tour - Madely Schott

Le travail de Madely Schott se déploie comme un manifeste entre corps intime et corps social, envisagé du point de vue de sa réception sensible et vulnérable. Sa pratique explore le dessin, la matière textile et la performance comme gestes moteurs de narration. Elle élabore des récits incarnés qui deviennent vecteurs de soin et d’imaginaire. Ces expériences ne cherchent pas la démonstration mais la rencontre : elles se déploient dans un espace partagé où le faire, la lenteur et la connexion animiste deviennent des formes de résistance pour changer les paradigmes et éprouver l’échange cathartique. Madely Schott imagine des écologies de pratique, des milieux à habiter ensemble, comme subterfuges pour contourner l’arraisonnement, réenchanter le quotidien, éprouver l’humilité d’être vivant parmi les vivants. Dans chaque œuvre, il s’agit d’ouvrir une brèche poétique, un passage vers un autre rapport au monde. Un espace fragile, respirant, où l’on s’exerce à vivre — autrement.
Vénus Tour est né d’une invitation de Martine Robin, directrice du Château de Servières, pour une exposition monographique présentée lors du Printemps de l’art contemporain en mai 2025. L’installation, réactivée et repensée pour l’espace du metaxu, propose un terrain de déambulation sous la forme d’un parcours traversé par quatre tableaux interactifs autour de la figure des Vénus paléolithiques. Madely Schott a désiré rendre à leur fécondité sa puissance sémantique pamphlétaire. Chacune porte une « catchphrase » autour d’un « nous » conjugué au singulier. Je est un Nous, à la fois entité singulière et multiple, qui trouve son souffle dans l’émancipation et s’habite dans l’interdépendance (Nous est ébranlement du monde, Nous est puissance enfugue…). Son objectif était également de dépasser la simple reproduction pour adopter une approche anthropomorphique et animiste, qui explore le processus de fabrication comme un rituel mettant en avant l’artisanat. Cela conduit Madely Schott à s’intéresser à la technique ancestrale du feutrage. La technique du feutrage — au savon puis à l’aiguille — devient un rituel d’incarnation : croiser, masser, rouler, tatouer la matière pour réveiller ces figures et leur redonner un souffle animiste.Le visiteur est invité à tisser un lien singulier avec chaque Vénus : clamer le tohu-bohu, déposer ses peines et ses colères, laisser surgir des cris d’humoiseaux, plonger la tête dans un nuage, porter un casque utérin — une ode à la folie et un acte de résistance contre toute assignation normative — et finalement se laisser habiter par des danses impulsives dans une ronde poétique.
DILUVIUM - Ugo Schiavi

Les vestiges ne rappellent plus — ils annoncent.
Bras amputé, infrastructures englouties, déchets fossilisés — signes précoces d’un futur qui affleure partout. L’archéologie d’Ugo Schiavi ne se retourne plus vers l’origine, elle bascule. Elle devient une science spéculative du présent, une fouille latente dans la matière du monde déjà en ruine avant même sa chute.
Le temps se plisse, se recroqueville pour mieux s’étendre. Il ne relie plus nos chronologies, il s’écrase sur lui-même. L’histoire s’effondre en boucle, sans point de fuite ni commencement stable. Chaque forme qu’Ugo Schiavi exhume — ou fabrique — porte cette tension : elle est à la fois relique et prototype, trace et simulation.
Depuis deux siècles, le doigt du Génie de la Navigation visait l’ailleurs, les conquêtes à venir, l’expansion. Aujourd’hui démesuré et finalement suspendu à notre seuil. Ce n’est plus l’horizon qu’il désigne, mais nous — les regardant·e·s, convoqué·e·s, mis·es en demeure par ce fragment figé.
Que nous reste-t-il à conquérir, sinon nos propres ruines ? Cette main qui nous désigne ne se contente pas d’interpeller, elle pose la question de ce que nous avons détruit, et de ce qu’il nous reste à reconstruire. Dans quel monde voulons-nous émerger après l’effondrement ?
DILUVIUM convoque cette temporalité éclatée, où le déluge n’est plus une menace venue d’ailleurs, mais un processus déjà entamé et actif dans nos chairs. Pas de grande vague, pas d’apocalypse : un délitement lent, persistant, incorporé.
Lise Carta
Sans Titre - 2025
Résine acrylique, métallisation à froid (bronze oxydé) - 310 x 58 x 50 cm
Réplique agrandie du bras arraché du Génie de la Navigation – statue Toulonnaise surnommée Cuverville, mutilée par les bombardements de 1944
Doigt accusateur, presque divin, il pointe, il interpelle, il accuse. Cette oeuvre demeure une question lancinante : Qui est responsable ? Et de quoi ?
Est-ce nous qu’il incrimine, visiteurs passifs d’une violence que nous croyons lointaine ? Est-ce l’artiste lui-même, dans un geste d’auto-dénonciation, une mise en abîme de sa propre impuissance ? Ou bien est-ce l’humanité tout entière qui se voit là pointée du doigt, tenue responsable de son indifférence à ce qui meurt hors champ.
GORGONE #5 - 2022
Résines, matériaux divers recyclés - 29 x 35 x 30 cm
Les Gorgones sont d’étranges chimères aux couleurs acidulées, où se mêlent tristement des matériaux plastiques familiers avec des éléments naturels. Les coraux tirent leur nom du mythe de Méduse. À travers ce calembour visuel, Ugo Schiavi évoque une archéologie suspendue, révélant les fossiles d’un présent pollué. L’artiste utilise des déchets récoltés sur les rives de Lavéra en face de la plus grande usine pétrochimique d’Europe. Les Gorgones symbolisent ainsi le cycle paradoxal du plastique, né au bord de la mer pour y retourner.
Main_Stream_Memery - 2021
Avec Jonathan Pêpe
Installation vidéo en images de synthèse. En boucle. Durée d’un cycle : 11mn 17sec
Embarqués au plus près de l’eau, au cœur d’un îlot flottant fait de vestiges archéologiques et de déchets contemporains, nous dérivons aux abords d’Arles. Où plutôt de ce que pourraient être Arles et les Bouches-du-Rhône si l’industrie y avait encore davantage marqué son empreinte. Puis, attirés par le fond, nous suivons un dense réseau de câbles et de conduits, vecteur d’autres genres de flux. En questionnant le contexte d’un territoire (du Rhône, d’Arles jusqu’à la Méditerranée) ce projet convoque des notions universelles ancrées dans l’archéologie, tout en les replaçant dans notre époque contemporaine et ses réalités technologiques. Il formule une pensée syncrétique et anachronique du monde contemporain, en télescopant différentes formes de savoir, allant de la culture antique à celle de la surproduction industrielle et du progrès technologique.
Photographie Port de Toulon - 1954
« Le génie de la Navigation », la statue dite de Cuverville, sculptée par Louis Joseph Daumas, rescapée
des bombardements de 1944.
Remerciements : Philippe da Prato (La Seyne 1900)
L'étang des écrans - Elias Hosni

Elias Hosni est un artiste contemporain dont l’univers explore les frontières mouvantes entre l’organique et le numérique. Booster par une volonté d’hybrider ces deux systèmes, il emprunte à l’un pour alimenter l’autre.
Sa démarche artistique, ludique et intuitive, s’ancre dans l’expérience sensible des matières qu’il façonne. Travailler devient un gameplay : extraire la substance des écrans en s’appuyant sur les fragments du quotidien. Il recycle, récupère, réemploie, change d’échelle, réassemble, s’essaye au “contrôle Z” physique.
Le choix des matériaux s’inscrit dans une logique de réutilisation et de détournement : le polystyrène, par exemple, devient tour à tour support, palette, sculpture ou pixel. Ce n’est pas un simple choix technique, mais une prise
de position sur la matérialité, le cycle de vie des objets et la poésie de leurs mutations.
À la manière d’un personnage de jeu vidéo, Elias compose un inventaire de
ce qui croise sa route. Les déchets se mêlent aux substances qu’il absorbe frénétiquement, toujours entouré de compagnons en plastique ou en peluche. Plus que des installations, ses œuvres forment un biome vivant, où l’artiste se confond avec son environnement. Il y évolue tantôt comme un micro-organisme, tantôt comme une souris (clic, clic, clic).
Sa quête vise à incarner la liberté du numérique tout en court-circuitant ses logiques de contrôle. Laisser la place au hasard, à la sérendipité, aux crashs qui ouvrent de nouvelles voies. Tel un hacker, il démonte et recompose les éléments du réel, le numérique devient alors une matière à manipuler, déconstruire, reconfigurer.
Pour sa première exposition personnelle, L’Étang des écrans, Elias transforme
la galerie metaxu en pièce immersive. Un espace foisonnant, traversé de flux
et d’interactions hybrides. Il fantasme de nouvelles façon de s’interconnecter, s’inspirant du Wood Wide Web, ce réseau souterrain formé de racines et de champignons mycorhiziens, qui permet aux plantes de dialoguer et partager leurs ressources.
L’Étang des écrans évoque une zone stagnante et vivante, peuplée d’organismes invisibles formant un tout. Un réseau de détails amplifiés, de pixels déréglés, d’images buggées. Un monde en mutation constante, à la fois étrange et familier.
du vendredi 11 avril au samedi 17 mai 2025
prolongée jusqu'au 14 juin 2025
ECHO - Exposition Collective

avec les artistes Driss Aroussi, Benoit Bottex, Sibylle Duboc, Emma Jacolot, Stéphane Guglielmet, Pauline Léonet, Hélène Mailloux, Laurence Merle, Pierrick Mouton, Louise Noel, Virginie Sanna
du vendredi 21 février au samedi 22 mars 2025
L’exposition ECHO est un dialogue entre deux espaces, deux villes, deux structures qui se rassemblent autour de l'art contemporain.
Installée simultanément à Territoires Partagés à Marseille et au Metaxu à Toulon, cette exposition met en scène un échange constant entre les œuvres et les lieux. Les artistes, bénéficiant d'une carte blanche. ils ont été invités à interpréter librement les notions d'écho, de dédoublement, et de résonance entre espaces multiples. Leurs productions, qu’il s’agisse d’installations, de peintures, de céramiques ou de photographies, s’entrelacent et se répondent, créant une conversation où chaque œuvre trouve un prolongement ou une résonance dans l'autre ville.
Au cœur de cette expérience artistique réside l’idée de circulation, de déplacement, et d’aller-retour, où le dialogue entre Toulon et Marseille dépasse les frontières physiques pour instaurer un rythme unique. Les correspondances établies entre les deux espaces résonnent non seulement dans les œuvres, mais également dans l'imaginaire des visiteurs, renforçant cette impression d’un écho en mouvement.

ECHO - Exposition Collective
Galerie Territoires Partagés, Marseille
Ouverture de la galerie du mercredi au samedi de 14h à 18h.
Galerie Territoires Partagés
81 rue de la Loubière
Marseille 13005
artccessible@gmail.com




































































































































